Innove Inc. 22 – Rester cohérent

Tous, Culture d'entreprise, Commercialisation, Innove inc., Expérience client, Ressources humaines

  

 

Note: Connexion Laurentides n’est en aucun cas responsable des affirmations émises par les invité.e.s. Veuillez noter que cet épisode a subi quelques coupures au montage de manière à fournir un résumé captivant.

Au sujet de l’épisode  Innove Inc. 22

Le secteur agroalimentaire n’échappe pas, au contraire, à la culture d’innovation. Et l’innovation peut contribuer au succès, tel que le prouve Miels d’Anicet, cette entreprise de Ferme-Neuve (MRC d’Antoine-Labelle), qui malgré la distance des grands centres, bénéficie d’une renommée nationale incroyable.

 

Dans l’épisode 22 d’Innove Inc., nos invités Anne-Virginie Schmidt, cofondatrice de Miels d’Anicet et Luc Robert, expert en planification stratégique et associé principal à l ‘agence de marketing et services-conseil Intégrale, discutent entre autres de cohérence, de culture d’entreprise et de rigueur.

Présentation de nos invité.e.s

Anne-Virginie Schmidt, cofondatrice de Miels d’Anicet

Anne-Virginie Schmidt, comptable agréée de formation, a quitté la vie urbaine il y a 18 ans  pour s’installer dans les Hautes-Laurentides (MRC d’Antoine-Labelle) et y fonder avec son conjoint Anicet Desrochers les entreprises Api Culture Hautes Laurentides inc.

Ensemble, ils commercialisent une longue liste de produits haut de gamme dont les Miels d’Anicet – dont la renommée n’est plus à prouver. et qui sont prisés par de nombreux grands chefs tels que Patrice Demers, Daniel Pinard, Normand Laprise du Toqué – les produits de soins corporels Mélia, les produits d’épicerie fine «Gourmand» (ex. sauce BBQ, sauce piquante, beurres variés, gâteau, etc), la cantine Pollens et Nectars, un centre d’élevage de reines abeilles, et évidemment la miellerie en soi, une fermette qui vaut le détour pour une visite.

Luc Robert, expert en planification stratégique et associé principal à l’agence de marketing et services-conseil Intégrale

Luc Robert possède plus de 30 ans d’expérience en tant qu’expert en planification stratégique, entre autres à la BDC, chez Énergir, et, heureux hasard, il connaît aussi très bien l’industrie du miel puisqu’il a été vice-président chez Capilano Honey (2006-2009). Il travaille actuellement à la valorisation et à la croissance d’entreprises. pour l’agence de marketing et services-conseil Intégrale.

 

Inspirations de nos invité.e.s

Anne-Virginie Schmidt, cofondatrice de Miels d’Anicet

  • De tout. Documentaire et discussions avec les contacts. Écouter, ne pas sous-estimer les autres.

 

Luc Robert, expert en planification stratégique et associé principal à l’agence de marketing et services-conseil Intégrale.

1. Comment arrive-t-on à déployer une stratégie de distribution cohérente sur différents marchés?

Carmen-G. SanchezDonc, ce qui me frappe le plus, je vous dirais au cours des dernières années quand je regarde l’évolution de votre entreprise, Mme Schmidt, c’est la croissance que vous avez eue, notamment en étant capable d’être présente sur différents marchés. J’ai vraiment l’impression que je croise vos produits partout où je vais. Puis vous avez même été dans de grands magazines féminins, je pense à Elle Canada à l’automne. Donc comment est-ce qu’on s’y prend pour justement arriver à — je rentre dans le vif du sujet là — à pouvoir déployer une stratégie de distribution comme ça? 

Anne-Virginie Schmidt : Je pense qu’au départ, peut-être que les abeilles nous ont appris cette leçon de vie là. Avec elles, on entretient une relation qui est de rigueur dans le sens que pour les maintenir en vie ces abeilles-là, mon mari fait toujours preuve d’une extrême rigueur de travail et je pense qu’on se l’est donné aussi dans la ferme. Donc, quelque chose que je dis souvent à mon équipe, c’est que rien n’est laissé au hasard. Les choses sont réfléchies. Puis, quand on lance un produit, quand on fait la mise en marché d’un produit, ou quand on développe de nouveaux trucs, notre base décisionnelle doit toujours nous ressembler. Ce que Miels d’Anicet vend, c’est plus qu’un pot de miel, c’est deux artisans.

Pour maintenir cette rigueur, cette cohérence, dans tous les gestes qu’on pose depuis 20 ans, on est toujours en train de se regarder et de se questionner : est-ce que ça nous ressemble, de faire ça? Parce que c’est un peu notre ligne décisionnelle, et je pense qu’on a été très cohérent avec ça dans les 20 dernières années. Donc, est-ce que ça nous ressemble? Est-ce qu’on a mis la qualité du travail nécessaire pour bien communiquer l’information sur les produits dans les réseaux de distribution? Et aussi évaluer nos faiblesses, parce qu’on en a. Alors, on va se faire accompagner, par exemple, tout l’aspect marketing, commercialisation et vente de la ferme.

Depuis le tout début, on a mis des sommes vraiment importantes comme petite entreprise pour travailler avec une équipe de design qui nous a accompagnés. Ça, je pense que ça a été extrêmement payant parce que dès le départ, on a reflété ce qu’on était sur notre pot de miel. Puis, le discours était facile parce que c’était nous qu’on vendait et depuis 20 ans que c’est nous qu’on vend. Aujourd’hui, on est plus matures qu’il y a 20 ans parce qu’on est plus vieux; quand on a commencé, on avait 25 ans et on en a 45 aujourd’hui. On adapte notre discours à notre maturité et je pense que le consommateur, il s’est attaché à nous et il est devenu fidèle à nous à cause de ça, justement, il y a une confiance qui s’est installée.

Puis, malgré la croissance, on essaie toujours de rester cohérent avec ce qu’on est, de ne pas abandonner cette rigueur-là et de ne rien laisser au hasard, malgré la grande diversification. Parce que vous l’avez mentionné, on a des activités comme l’élevage de reines des abeilles, qui est un milieu très professionnel. Nous avons la gamme de soins corporels Milia, les miels et les produits gourmands, et à la ferme, on fait du tourisme gourmand avec une cantine. Et  bien, la cohérence débute par le miel qu’on produit jusqu’à la table avec les autres ingrédients qui vont se combiner avec le miel, puis avec le discours qu’on va tenir auprès de nos clients. Je pense qu’un des ingrédients principaux de ce succès là que vit Miels d’Anicet, c’est la marque Miels d’Anicet.

2. Comment arrive-t-on à se bâtir une notoriété? Comment avez-vous réussi à être connu des grands noms de la cuisine québécoise?

Carmen-G. SanchezJe constate également que les gens s’appuient maintenant sur la marque Miels d’Anicet. On peut trouver des recettes ou les gens vont spécifier que c’est pas juste du miel, mais du miel de Miels d’Anicet qu’il faut utiliser. Comment arrive-t-on à établir justement cette sorte de contacts là, ces liens avec des personnes de renom provenant du grand monde de la cuisine?

Anne-Virginie Schmidt : Nous, cela a été vraiment de provoquer ces rencontres. En fait, ces deux jeunes du fond du rang 2 Gravel à Ferme-Neuve, et bien on est débarqué chez Joe Beef à Montréal, puis chez Patrice Demers, puis on leur a dit « nous voulons que vous goûtiez à notre miel, parce que nous pensons qu’il est exceptionnel. » Puis, à ce moment-là, chez Joe Beef qui était une institution, il nous a dit « du miel, c’est du miel » , ce à quoi nous avons répondu: « Non, ce n’est pas seulement du miel. Justement, il y a différentes huiles d’olive, puis il y a aussi différents vinaigres, alors on va s’asseoir, puis on va y goûter ». Donc, dans les cinq premières années de notre existence, nous avons fait vraiment beaucoup d’allers-retours à Montréal.

Après ça, je pense que c’est la personnalité. Je pense que moi et Anicet, on est quand même deux bons verbomoteurs. Et là, Luc, tu me corriges, j’appelle ça du charisme entrepreneurial. Je pense qu’on avait la capacité de séduction au départ, puis on avait un discours intelligent, on connaissait notre apiculture, et c’est aussi que ça se goûtait en bouche. Les chefs, quand on leur dit un miel de tilleul, cela a un goût mentholé versus un goût de sarrasin qui est un peu plus fermier, ça fait qu’il y avait toute une expérience qui se construisait avec eux. Puis, on a été chez des chefs emblématiques. On avait eu l’émission de Daniel Pinard et Josée di Stasio, la première année de la vie de la ferme. En fait, Daniel Pinard, à ce moment-là, répétait tout le temps : le miel à Anicet, le miel à Anicet… Alors c’est lui finalement qui a trouvé le nom de la marque parce qu’il l’avait tellement dit à la télé qu’on était pogné avec ça.

Ça fait que notre relation médiatique a commencé là, puis après ça Anicet est devenu quand même une référence au niveau scientifique à Bay au Québec. Et c’est là notre rôle que tu mentionnais en introduction, qu’on a un rôle aussi. On fait beaucoup d’éducation par rapport au rôle de l’abeille dans notre environnement. (…) Puis aujourd’hui, il y a une grosse tendance de collaboration entre les artisans et ça, ça joue avec prudence parce que tu veux t’assurer que l’artisan avec qui tu travailles a la même définition que toi de la qualité du produit.

Carmen G. Sanchez : Est-ce que cette audace-là, c’est quelque chose qui est nécessaire pour réussir un bon développement des affaires au début? Je parle d’audace, parce que je veux dire, Anne Virginie l’a mentionné d’emblée, cogner à la porte de personnalités pour lui dire « mon produit, je veux que vous appreniez à le connaître », cela prend quand même une certaine dose d’audace.

Luc Robert Je pense que le fait que Virginie et Anicet soient aussi bons communicateurs, et chaleureux aussi, et bien je pense que c’est eux d’abord qu’ils ont achetés et qu’ils ont supportés. Et ensuite, cela a été bien entendu le produit, mais au départ, il faut comprendre que le miel, c’est comme le monde du vin. Comme tu en as parlé tout à l’heure, le miel de tilleul, ça ne goûte pas comme le miel de sarrasin. Et bien du bourgogne, du pinot, puis du cabernet, ça ne goûte pas pareil. C’est la même chose en ce qui concerne le miel, il y a cette complexité-là au niveau du monde du miel qui est fascinante. Donc, quand on est passionné par ça et qu’on transmet sa passion comme de Virginie à d’autres foodies, ça a un effet d’entraînement.

Anne-Virginie Schmidt : À un moment donné, on a compris que : OK, ce n’est peut-être pas suffisant, le bouche-à-oreille, il faut peut-être mettre un petit peu plus dans notre stratégie de vente pour aller chercher de nouveaux clients. Je reviens à l’innovation encore, le modèle d’affaires qu’on a développées en termes d’apiculture. Il y a deux ans, on a reçu des autobus d’apiculteurs de partout dans le monde. Il y avait un très gros congrès à Montréal qui ça s’appelle APIs mondial et on a reçu autour de 250 apiculteurs de partout. Pour eux, on avait un modèle d’affaires très, très innovant, dans le sens de la diversification d’un produit et d’aller jusqu’au restaurant. Tu sais, ils n’en revenaient pas. L’innovation, elle nous habite ou elle ne nous habite pas, je pense. Puis, on dit innovation, mais pour moi c’est comme de l’amélioration continue. En fait, c’est vraiment ça qui a fait Miels d’Anicet. Aujourd’hui, on est toujours en train de vouloir faire mieux. On se remet toujours en question.

3. Comment avoir un commerce en ligne rentable malgré la distance et les frais d’expédition?

Carmen G. Sanchez : Si on regarde davantage ce qui touche la livraison, oui je sais, je vous amène complètement ailleurs, mais vous faisiez référence à ce que tout se contrôle à la ferme Miels d’Anicet, et que vous faites des voyages régulièrement comme ça. Pour des entreprises qui sont en dehors des grands centres, comment est-ce qu’on met ça en place? Est-ce que vous avez des trucs et des astuces pour mettre un réseau de livraison efficace, parce qu’on sait que ça peut rapidement, vous l’avez mentionné, être très coûteux. Que pouvez-vous nous partager comme conseils?

Anne-Virginie Schmidt : On a toujours des enjeux importants au niveau du transport. Autant pour moi l’éloignement est une force parce que je ne pourrais pas produire Miels d’Anicet dans d’autres régions, mais on s’en rend compte par exemple dans la boutique en ligne. Depuis le début de l’année, il n’y a plus de transport gratuit offert en ligne. On a calculé cela équivalait à combien de rabais un transport gratuit et ça gruge pratiquement toute la rentabilité possible avec les hausses de coûts qu’on a eus. Donc cela est une réalité. Comment la clientèle va réagir? On est dans cette analyse en ce moment. Au niveau des transporteurs pour acheminer dans les boutiques à travers le Québec, c’est un enjeu. Moi, j’ai la chance d’avoir quelqu’un sur Montréal, qui « dispatch » si on veut. Moi, j’envoie vers Montréal sur palettes, puis j’ai quelqu’un qui livre sur l’île de Montréal. En région, on est obligés de travailler avec des FedEx, des DICOM de ce monde, avec des frais importants. Avec mes partenaires, avec les magasins, c’est comme si on faisait chacun un bout de chemin. Dans le sens que oui, j’ai des minimums de commandes plus élevées. Oui, j’ai des frais de transport plus élevés. Moi, j’en assume une partie, eux en assument une partie, et on arrive à se rejoindre, mais c’est très, très fragile.

Luc Robert : Quand on a un produit alimentaire, tel celui de Virginie, il y a 4 affaires qu’on dit tout le temps nous, et qui sont clés, c’est distribution, distribution, distribution et distribution. C’est seulement que ça que c’est, parce que si tu mets une publicité à la télé pendant le Super Bowl à la mi-temps pour vendre les Miels d’Anicet et que tout le monde se dépêche d’aller ejn acheter et qu’il n’y est pas disponible, ça ne marchera pas. Quand on utilise la distribution conventionnelle, c’est-à-dire les Provigo, les Métro, les IGA, il y a d’autres barrières à l’entrée qui vont se manifester. Les frais de listing par exemple, au niveau de ces grandes bannières-là qui sont prohibitives juste pour lister un produit dans certaines chaînes, c’est 10 000 $ par SKU. Alors des barres de codes, si vous en rentrez quatre, c’est 40 000 $ et il n’y a rien de vendu : les produits vont simplement être sur le catalogue et le magasin va pouvoir l’acheter. Ce sont des barrières à l’entrée importantes.

4. Qu’est-ce que la certification biologique en apiculture et qu’est-ce qui a amené Miels d’Anicet à vouloir l’obtenir? Quels en sont les avantages?

Carmen G. Sanchez : Est-ce que vous pourriez nous parler un petit peu plus du processus qui vous a mené vers la certification biologique? Parce que les gens peuvent peut-être penser que du miel, bien, c’est naturel à la base. Qu’est-ce qui fait qu’un miel biologique diffère d’un autre?

Anne-Virginie Schmidt : La certification biologique, elle s’obtient uniquement dans certaines régions du Québec, des régions qui n’auront pas beaucoup d’agriculture intensive parce que ce qu’on certifie finalement, c’est une zone de butinage. Donc, c’est un rayon de trois kilomètres autour des ruches. Pour nous, c’était ça un des attributs de notre miel; c’était un miel sauvage qui était fait justement dans une région forestière. Les Hautes-Laurentides, c’est la forêt ici. Ce ne l’est plus autant aujourd’hui, mais quand on s’est établi il y a 20 ans, c’était vraiment mono industriel forestier. Donc la certification biologique venait nous appuyer. En fait, de un elle était relativement facile à obtenir vu le territoire, la biodiversité qui était présente, et cela avait une plus-value pour entrer en épicerie, parce que sinon, c’était impossible de rentrer en épicerie dans le miel conventionnel. Cela amène une certaine garantie de qualité au produit, en termes de territoire de butinage, de non-applications de pesticides par l’apiculteur, miel non pasteurisé. Puis, il faut se rappeler que les Rachel Berry, les Tau et les autres magasins d’aliments naturels de ce monde, étaient aussi des bons points de vente il y a 20 ans passés. Donc, aller chercher la certification biologique, encore une fois, amenait une facilité de rentrer dans certains magasins spécialisés et puis on y croyait! Fondamentalement, c’est Anicet qui est arrivé avec l’idée et qui a dit : moi, je fais de l’apiculture biologique, donc pourquoi on ne ferait pas la certification?

Carmen-G. Sanchez : Je suis curieuse de vous demander ce que vous avez constaté comme changements sur le territoire au cours des 20 dernières années?

Anne-Virginie Schmidt : Bien, les saisons sont plus longues. À l’époque, mon beau-père, la saison de miel,  de récolte de miel, tenait sur quelques semaines. C’était de la mi-juillet à la mi-août principalement, alors que nous maintenant, on commence à faire du miel la dernière semaine de mai jusqu’à la trois ou quatrième semaine d’août. Donc on a quand même des nuits qui sont moins froides, donc la saison, elle est plus grande. Cependant, mon beau-père, lorsque lui faisait du miel, savait en moyenne que par ruche, il allait faire tant de miel dans l’été. Maintenant, les rendements sont extrêmement fluctuants et les saisons tiennent sur très peu de jours. Pour vous dire, l’année passée, on était rendus à la première semaine d’août et il n’y avait pas de miel de rentrée, il n’y avait que des gouttes… On avait peut-être 5 000 livres de miel de fait. Là, nous dans notre tête, on sait qu’il nous reste trois semaines et qu’il faut rentrer 100 000 livres. Ça fait que le niveau de pression est devenu extrêmement élevé, mais en dix jours, on a récolté notre 100 000 livres.

La miellée, comme on l’appelle, c’est le moment où les abeilles vont s’activer et où on va vraiment récolter des quantités très grandes de miel. Eh bien, la miellée a été très intense, mais très courte, et ça fait deux années que ça nous arrive. La saison se fait sur dix jours, dans l’été à peu près. L’apiculteur reste toujours un observateur, un biologiste. Il faut qu’il regarde, il faut qu’il se sente. Est-ce que la miellée va être à gauche? Ou elle va être à droite, et on déplace des ruches… Est-ce que mes ruches sont prêtes? Mais chose certaine, la compétence est devenue une variable hyper importante. L’apiculteur se doit d’être vraiment très qualifié dans des sphères beaucoup plus larges qu’avant. C’est de plus en plus difficile d’avoir de vraiment bonnes années en miel. On va avoir des années catastrophiques. On va avoir de bonnes années. Tu sais, ça fluctue. Les hauts et les bas sont très opposés.

Luc Robert : Mais de là provient l’utilité d’avoir des contre-prédictions contracycliques, d’avoir des trucs comme Mélia où vous pouvez balancer vos flux monétaires avec d’autres produits. Finalement, c’est une très, très bonne stratégie d’innovation que vous avez mise en place.

Anne-Virginie Schmidt : Si demain matin, on n’a presque pas de miel, on va survivre pour l’année. Puis, on va se reprendre l’année suivante parce que la gamme Mélia va soutenir, et même la gamme Gourmands. Dans notre gamme gourmande, on utilise dans les produits entre 30 et 60 % de miel par produit. C’est quand même beaucoup de miel, mais avec 1 livre, tu peux quand même faire trois moutardes ou deux confitures au lieu d’un seul pot de miel. Il y a toute une analyse de rentabilité, mais chose certaine, la gamme Mélia a tout son sens, parce qu’elle, elle utilise beaucoup plus la cire d’abeille et la propolis. Et les activités aussi qu’on tient à la ferme, avec le restaurant, avec la boutique en vente directe, la boutique sur place est notre mode de distribution le plus rentable, cela fait qu’on a de quoi, du moins pour être capable de survivre jusqu’au prochain été, parce qu’on n’a jamais de réserves. Ce qu’il faut savoir, c’est que dans le miel, on a toujours vendu 100 % de notre production dans la même année.

5. Comment arriver à fidéliser ses employés afin d’en assurer la rétention?

Carmen G. SanchezJe trouve ça super intéressant qu’on aborde l’innovation organisationnelle, particulièrement pour une PME de 20 à 40 employés. Énormément d’entreprises dans les Laurentides sont de cette taille, et de voir justement cette équipe multidisciplinaire qui se met en place. Est-ce que ça fait partie des nouvelles tendances qu’on peut constater sur le marché, Luc?

Luc RobertOui, ce que Virginie et son équipe ont mis en place, en production on appelle ça , développer des matrices de compétence. C’est-à-dire qu’au lieu d’avoir des gens qui sont spécialisés sur la ligne de production à faire un type de travail, on va donner de la formation à tous les employés pour qu’ils puissent de façon interchangeable remplacer quelqu’un. En même temps, ce que ça crée sur les gens de la production, c’est que leur travail, il est enrichi en termes de connaissances, puis en termes de capacité. Alors non seulement on donne de la flexibilité, puis de l’agilité au niveau du producteur, mais en même temps on donne de la formation, et la capacité d’enrichir le travail sur la ligne de produits. On peut être rigoureux, puis faire arriver des choses de façon intentionnelle plutôt qu’intuitive.

Carmen G. Sanchez : Nous savons que le Québec en entier étant présentement en rareté de main-d’œuvre. Comment est-ce que vous réussissez à fidéliser vos employés, ou à recruter des jeunes, étés après étés, pour continuer à faire vivre Miels d’Anicet?

Anne-Virginie Schmidt : On se remet toujours en question. Je pense qu’il n’y a pas une seule réponse, et il n’y a pas de bonne réponse, mais chose certaine, on est très très impliqué dans le recrutement. Ce n’est pas quelque chose, même si j’ai quelqu’un aux ressources humaines, je ne peux pas m’en distancier, surtout que je pense que moi et Anicet on a une capacité d’attraction. Il y a peut-être un folklore à venir travailler chez les Miels d’Anicet qui augmentent notre capacité d’attraction, mais en même temps, c’est négatif parce que ça peut être juste : on travaille vraiment fort en arrière de ça. Donc, entre l’image qu’on a de Miels d’Anicet et quand on y arrive, cela doit concorder. Même l’étudiant.e en boutique, tu sais que ce n’est pas juste que tu es là et que tu fais de la caisse, il faut aussi que tu sois capable de répondre à un client. Comment fait-on pour certifier les ruches bio? D’où le miel est-il issu? Quelles sont les fleurs butinées? Quel est le menu aujourd’hui à la cantine? Et puis l’onguent Guérisseur, il sert à quoi? Déjà, on vient de se rendre compte que ça prend au moins un étudiant ou une étudiante du cégep parce qu’il y a quand même assez large d’informations à maîtriser. Je pense qu’on réfléchit à notre marque employeur de plus en plus. Dans le fond, moi, j’ai quelqu’un au marketing et je lui ai donné comme défi cette année : C’est quoi tu as envie cette année? On s’en va où? Quelles sont nos couleurs? Quel est notre slogan? Quelles sont nos approches au restaurant versus en boutique versus nos postes permanents? Je regarde ce qui se fait ailleurs aussi, je m’implique. Nos conditions salariales n’ont jamais été aussi élevées chez Miels d’Anicet. Et j’en suis vraiment fière quand même de le dire. Notre salaire minimum est maintenant à 17 $ de l’heure pour l’ensemble des postes, même chez les travailleurs agricoles étrangers mexicains. Il fallait que je me défende très fort pour leur faire valoir que ce n’est pas parce que c’est un travailleur agricole qui devrait avoir le salaire minimum, parce que je suis en compétition avec l’Alberta avec mes apiculteurs. J’ai des apiculteurs qui ont quinze ans d’expérience. Ils me disent : oui, mais ce n’est pas un apiculteur, c’est un travailleur agricole. Auquel je réponds : non, c’est un apiculteur et pourquoi il gagnerait moins cher que mon apiculteur à côté dans mon équité salariale? Parce que l’humain étant ce qui fait qu’on est, on a, je pense, des réflexions au niveau agricole à ce niveau là, parce que moi je veux le ravoir mon apiculteur, et lui il se fait offrir 20 $/h en Alberta, mais moi, je veux qu’il revienne l’année prochaine et je suis prête à mettre le budget pour qu’ils reviennent, mais ça, c’est un autre sujet. On voit, on suit les dossiers de près, puis c’en est un exemple de bon dossier. J’ai appelé à l’UPA, et on a parlé au conseiller en immigration pour que je puisse mieux payer mes travailleurs mexicains. Ils m’ont dit que j’allais être sûrement l’employeur qui payait le mieux les travailleurs mexicains dans tout le Québec. J’ai pris deux jours à écrire un texte sur pourquoi, avec mes arguments et à remplir la documentation. Voyez-vous, quand je dis de l’implication, ça demande du travail.et ça revient à la distribution, puis à l’attraction. On vend nos produits. Il faut devenir attractif en tant qu’employeur, puis être très, très innovant dans ce qu’on propose. Nous, on a acheté deux maisons pour loger les travailleurs, même les travailleurs de Montréal pour le restaurant, parce que les gens, si je veux que les gens viennent passer l’été, ils vont garder leur logement bien. On a des maisons et les maisons, on connaît les critères que les gens de la restauration montréalaise recherchent. C’est dans l’exotisme de se trouver sur le rang Gravel pour l’été. Ils ne veulent pas de maisons au village, ils veulent de la campagne, ils veulent un lac, ils veulent ci, ils veulent ça… Donc on a acheté une maison et on l’a organisée. Ça fonctionne par exemple, mais on pense en dehors de la boîte quand même. Tu sais, il y a 20 ans, je n’étais pas tout à fait rendu là, dans tous les avantages non pécuniaires qui sont offerts à notre groupe d’employés.

Luc Robert : Si je peux peut-être faire du pouce là-dessus, Virginie, c’est un aspect de l’innovation, même au niveau des stratégies de compensation, que vous avez décidé de mettre en place. Puis ça, en même temps, ça connecte directement avec vos valeurs, puis avec qui que vous êtes. Quand on parle de branding employeur, on en fait beaucoup des mandats comme ça, parce que tout le monde est à la recherche de. Et puis la première chose dont on s’assure, c’est la cohérence, puis l’authenticité. Parce que si ce qu’on cherche à faire, ce n’est pas du branding employeur, c’est simplement maquiller la mariée pour attirer des gens qui vont vivre une expérience, on va avoir des taux de roulement épouvantables et ce qui est fondamental au niveau de l’authenticité, c’est que vous allez attirer des gens qui ont nécessairement des valeurs qui sont compatibles avec les vôtres. Donc là, à ce moment-là, ce n’est peut-être pas nécessairement pour les conditions de travail ou le salaire que les gens vont décider de venir chez vous, et puis travailler avec vous parce que ça leur parle.

Carmen G. Sanchez : Écoutez, je pense que le mot clé dans tout ça, c’est cohérence, c’est authenticité. Que ce soit au niveau de l’audace dont vous avez fait preuve à aller chercher vos premiers clients jusqu’à la façon de recruter auprès de vos employés, je pense que c’est c’est vraiment d’aller vers des valeurs qui vous ressemblent, vous, votre conjoint qui fonce, Api Culture Hautes-Laurentides, et aujourd’hui.

 

Share This